Projet de Jérôme Anfré, dessinateur
Comment as-tu découvert l'AtelierBD?
Je m’y était intéressé de loin dès son ouverture, qui avait été assez relayée sur les sites web spécialisés… Donc au début je regardais un peu les interviews, les conseils du jour… Et puis j’ai sauté le pas et j’ai proposé un dossier d’inscription. A l’époque je me suis inscrit pour préparer le concours des Gobelins mais il n’y avait pas de classe prépa à l’époque, j’ai donc intégré la classe suivi de projet.
L'impression des premiers corrigés, des premiers échanges sur le forum?
C’était très convivial, mais quand même assez cadré, avec une certaine
demande de rigueur… Et surtout dès les premiers corrigés, les
faiblesses dans mes images ou les petits « tics » de dessin ont été
décelés, ce qui a permis de voir dans quelle direction il fallait
travailler… Quant au forum, je pense que c’est le vrai centre
névralgique de l’atelier… On y trouve plusieurs avis souvent
contradictoires qui obligent donc à se forger un sens critique pour
arriver au final à avoir un regard plus mûr sur le travail des autres
mais surtout sur le sien… Cela permet de mieux voir ce qu’il faut
retenir des corrections, et au final de se passer de ces corrections…
Et les "copains" de l'école? comment ça s'est passé ?
Il y avait toujours une certaine émulation… En plus comme la classe
suivi de projet comporte assez peu d’étudiants, on connaît assez vite
les travaux et les styles de ceux qui partagent cette classe donc cela
permet d’avoir mieux conscience de l’évolution du travail des autres
étudiants… Donc on peut mieux juger du travail sur la longueur et même
quand un travail semble peu abouti, on peut voir qu’il représente un
jalon dans une progression… En ce qui concerne les autres classes, plus
peuplées, j’avais un peu de mal pour suivre les multiples travaux et
vers la fin je me suis plus recentré sur la classe suivi de projet et
vers les étudiants avec lesquels il me semblait avoir une sensibilité
commune… donc j’ai dû laisser passer pas mal de choses intéressantes
mais d’un autre côté il est impossible de tout voir…
As-tu été déstabilisé au début ?
Au début c’est surtout le forum qui est déstabilisant… J’avais un peu
peur de me perdre dans la masse de messages et d’informations, d’autant
plus qu’une grande partie est « cachée » dans les vieux sujets… Les
premières critiques sur les boulots des autres peuvent aussi être
difficiles à sortir, par peur de vexer si on émet une critique négative
etc… mais c’est un peu une contrepartie si on veut avoir des retours
sur son propre travail, et puis comme je l’ai dit précédemment, ça
forge le regard…
Des étudiants nous disent que quelques mois après les
corrections, lorsque par hasard ils les relisent, ils en tirent de
nouvelles choses...La raison en est qu'ils ont progressé entre temps et
qu'ils en saisissent mieux les problématiques... L'as-tu vérifié?
Je n’ai jamais vraiment fait un historique détaillé des corrections…
Sauf à quelques exceptions, je n’ai pas gardé ces documents… Par contre
je me suis plusieurs fois entêté sur des choix pour lesquels le «
correcteur » n’était pas toujours d’accord, pour m’apercevoir
finalement, après quelques temps et un peu de recul que ses
propositions étaient plus adaptées… Donc effectivement il y a des
remarques qui peuvent ne pas être assimilables sur le moment et dont
l’intérêt apparaît avec le temps.As-tu rencontré physiquement tes interlocuteurs?
Non, mais ça pourra toujours se faire…{mospagebreak}
Qu'est ce que tu as retiré de cette expérience d'apprentissage, les différentes phases... le soutien au projet?
Je pense qu’il y a différentes phases d’apprentissage (en plus j’ai
changé 2 fois de projet et 1 fois de classe) et aussi différentes
phases dans la réception de l’apprentissage… Au fur et à mesure on
reçoit mieux la critique car on sait plus ou moins l’analyser…Quant au soutien au projet, il est allé au-delà de mes espérances, puisque même après la fin des corrigés et mon départ de l’atelier, il y a eu un suivi du projet, avec des suggestions d’éditeurs, des courriers de recommandation…et toujours des réponses en cas de doutes…
Quels ont été les moments les plus surprenants ou les plus intenses?
?
Un moment assez réjouissant est justement le moment où j’avais proposé
le projet de bande dessinée sans trop y croire alors qu’il a éveillé un
certain enthousiasme chez les membres de l’atelier… C’est la première
chose qui m’a poussé à travailler sur ce projet pour le rendre éditable…A l'inverse, quelles ont été tes difficultés? Y a-t-il eu des découragements?
Il y a eu une certaine période de stagnation sur le découpage des premières planches, avec beaucoup de retours entre moi et les correcteurs… J’avais du mal à intégrer les principes de rythmes, d’angles de vue… Alors j’ai beaucoup tâtonné, ce qui n’a pas arrangé les choses vu que l’énergie nécessaire à ce travail faiblissait au fur et à mesure…C’est d’ailleurs là que j’ai laissé le projet de bande dessinée en suspens pour intégrer la clase prépa afin de préparer le concours pour les arts déco de Strasbourg. Ceci afin d’acquérir plus de légitimité d’un point de vue artistique et pour intégrer un autre milieu alors que je suivais des études scientifiques…
Enfin, tout ça était assez flou, de même que les raisons pour lesquelles je n’ai pas présenté le concours, finalement… sûrement ai-je eu tort mais en tout les cas après ça j’ai entrepris de finaliser le projet et ça s’acheminait doucement vers le dossier de présentation aux éditeurs…
As-tu rencontré ton éditeur ou as-tu tout fait par courrier?
Par courrier postal et internet et par téléphone…Un mot sur les évaluations semestrielles?
C’est toujours intéressant d’avoir des points de repères au cours de l’enseignement… ça permet de voir où on en est, de se réorienter quand on patine un peu… Après pour ce qui est de l’entretien téléphonique proprement dit, je me suis rendu compte un peu tard que je fais un effet désastreux sur mes interlocuteurs au téléphone… je n’arrivais pas vraiment à formuler une pensée claire, je crois que je donnais l’impression de ne pas être assez concerné etc… Mais bon, d’un côté je ressasse ça mais c’est quand même sympa d’entendre ceux qu’habituellement on lit.
Dans quel état d'âme travailles-tu actuellement? Comment travailles-tu avec Vincent Henry ton éditeur?
Pour l’instant l’état d’âme est assez serein, même si c’est un peu un
travail en ermite et que je n’ai pas d’indépendance financière… Mais le
projet (l’album devrais-je dire ?) avance bien et j’ai beaucoup de
retours de la part de Vincent Henry, ce qui dénote un net intérêt pour
ce travail, ce qui est toujours encourageant.Le travail avec Vincent Henry est assez libre : j’avais établi au préalable le descriptif des séquences de l’album mais pas de découpage global du bouquin… Et j’avance en faisant des bouts de découpage en rough… Je scanne ensuite les roughs pour les montrer à Vincent Henry qui me donne son avis sur ceux-ci… J’intègre ainsi ses suggestions dans les pages finalisées-encrées… Pages finalisées que je lui montre aussi au cas où il aurait encore quelques remarques (il ne s’agit pas de « corriger » les pages en fonction des remarques mais de voir comment les pages sont reçues et donc de les faire évoluer si ce qu’elles sont censées raconter n’est pas bien compris)… C’est un peu artisanal comme procédé mais j’aurais eu du mal à préparer tout un découpage à l’avance (d’autant plus qu’entre le dossier de présentation et le contrat, l’album a « changé » de format et de pagination)…
Je pense que cette façon d’évoluer permet de garder une certaine énergie tout en gardant des exigences de lisibilité…
Quelque chose à ajouter?
Encore un grand merci à toi et à l’atelierBD, notamment aux auteurs qui
se sont le plus penchés sur mon cas, soit Erwann Surcouf, Fred
Pontarolo… Et puis peut-être à bientôt quand le livre sera publié…Interview recueillie par
Joseph Béhé
le 15/01/2005
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