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Laurent Galandon, scénariste heureux Suggérer par mail

ImageAncien étudiant à l’AtelierBD, Laurent Galandon a publié 4 albums chez Bamboo/ Grand Angle (Gemelos, 2 tomes ; L’Envolée Sauvage, 2 tomes) et ne compte pas s’arrêter là ! Rencontre avec un auteur en plein envol.










 Bonjour Laurent !

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L’Envolée Sauvage a reçu cette année à Angoulême le prix des collégiens. C’est un prix intéressant puisqu’il demande à des collégiens de lire, et d’élire leur meilleur album à partir d’une série de titres fournie par le rectorat. Que penses-tu de ce prix ? Comment s’est passée la rencontre avec les collégiens ?


Il est évidemment agréable de recevoir un prix ! Les prix des collégiens (je dis « les » car nous avons également reçu celui du Festival Bdboum de Blois) revêtent une dimension particulière : d’une part les membres du jury étaient nombreux (une douzaine de classes)  et d’autre part parce que « L’envolée sauvage » est, me semble-t-il, assez loin des canons de la bande dessinée habituellement lue par les pré adolescents et les adolescent.

Au festival d’Angoulême, la rencontre avec les collégiens s’est déroulée dans un amphi où chaque classe avait plusieurs questions. Donc, intéressant, parce que c’était un public qui avait lu le livre (ce n’est pas toujours le cas dans le cas des rencontres avec des scolaires…) et qui avait préparé cette rencontre mais pas très convivial au regard du nombre de participants…




 

L’Envolée Sauvage est un récit d’initiation : sur le chemin qui le mène à l’âge adulte, Simon est pris dans les horreurs de la Shoah. Mais les oiseaux ont pour lui une importance cruciale, ils jouent tour à tour le rôle de messager, de bourreau, de sauveur… Comment et pourquoi as-tu intégré cet élément au récit ? Image

 

Lorsque j’ai commencé à écrire des scénarii BD, je ne me suis pas posé la question du « pourquoi » j’abordai telle ou telle thématique.  Mais il a bien fallu que j’y réfléchisse car je suis, depuis la sortie du premier tome de « L’envolée sauvage », régulièrement interrogé à ce sujet. Comme je travaille de manière très « instinctive », les réponses ne viennent pas spontanément. Au regard des différentes histoires que j’ai écrites depuis et qui devrait voir le jour et de celles qui sont en cours d’écriture, je crois que, naturellement, je me tourne vers des sujets qui provoquent chez moi une incompréhension. Comme si raconter une histoire autour de la Shoah ou des sicaires en Colombie (Gemelos), allait m’apporter des explications sur des événements dont j’ai du mal à comprendre comment ils peuvent s’enclencher.

Image Au demeurant, mes histoires n’apportent pas de réponses ! Juste un éclairage autour de personnages anonymes qui traversent l’Histoire…

Après, la Shoah est « un sujet » beaucoup traité (et souvent avec réussite). Il s’agissait de trouver un parti pris, qui, à défaut d’être original, était différent. Si j’ose la comparaison, comme l’a fait Benigni dans « La vie est belle » !

 L’idée des oiseaux s’est imposée d’elle-même, comme une évidence. Elle revêtait plusieurs « avantages » : métaphore de la liberté ; la migration ; les pigeons voyageurs ; la référence aux aigles de l’armée allemande ; les rapports chassé/chasseur ou liberté/emprisonnement etc.  Enfin la présence des oiseaux permettait de suggérer plutôt que de « montrer » crûment certaines situations, notamment dans le second tome.




 

Comment as-tu procédé pour retranscrire le contexte historique ? T’es-tu appuyé sur des documents particuliers ?

 

La documentation sur cette période est extrêmement riche. Il y a pléthore de livres, de films de documentaires… Le risque était de s’y perdre. Aussi dirai-je que j’ai plutôt « utilisé » mes connaissances sur cette période pour construire cette histoire et je me suis ensuite tourné vers la documentation, plus pour vérifier mon propos que pour m’en inspirer. Après, il est vrai que nous avons utilisé des archétypes connus de tous pour planter notre décor ; la couverture du tome 2 en est l’exemple parfait.

 



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ImageLe récit s’appuie sur des personnages forts et attachants (Simon, le prêtre, Tonino, « le chamois », Ada…) : comment procèdes-tu pour construire tes personnages ?

 

La construction de mes personnages est toujours très succincte. Pour le physique, je propose un description très simple avec des qualificatifs du type « petit, gros, cheveux brun etc. ». Je pars du principe que le dessinateur va faire vivre ces personnages dans de nombreuses cases et dans des attitudes et des positions très différentes, aussi, doit-il se sentir très à l’aise avec eux. Je réduis donc mes exigences au minimum.

Il en est de même pour le « psychologique », ce sont les situations dans lesquelles se trouvent les personnages qui vont progressivement donner de ce que l’on appelle (pompeusement) « l’épaisseur psychologique ».

Pour L’envolée sauvage, il n’y avait même pas de description de personnages rédigée « à part ». Arno s’est appuyé sur le contenu du séquenceur pour définir la physionomie des différents protagonistes.

 

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Dans son parcours, Simon traverse une série d’épreuves qui forment une sorte de « récapitulatif » de ce que pouvait subir un jeune garçon juif pris dans les événements de la seconde guerre mondiale (cachettes, orphelinat, résistance, ville et campagne, déportation…). Avais-tu un souci « pédagogique » en faisant ce choix ?


Non. On m’a souvent posé la question parce que l’Envolée sauvage rencontre un bon écho auprès des jeunes et du corps enseignant.  Dans une autre vie professionnelle, je me suis occupé de la programmation cinématographique d’une salle de cinéma, et en particulier de la programmation destinée au « jeune public » : je considérais (avec d’autres collègues) qu’un bon film pour les enfants, c’est avant tout un bon film « pour tous ». Je me tiens à cet adage.

Je crois que cet « aspect pédagogique » vient de ma manière d’aborder un scénario. En effet, je ne suis pas un acharné du détail historique. Par contre, je vais volontiers m’appuyer sur quelques archétypes connus de tous pour poser mon contexte (géographique, historique, politique) pour ensuite pouvoir me consacrer pleinement aux événements et aux situations vécus par mes personnages.




 

Comment s’est passé le travail avec le dessinateur ? Quel genre de scénariste es-tu ? Et avec l’éditeur ?

Bien ! La preuve, l’aventure continue avec Arno et avec l’éditeur pour de nouveaux projets !

Quel genre de scénariste suis-je ? Peut être faudrait-il mieux poser la question à mes partenaires dessinateurs ! Un album, c’est une aventure que l’on mène ensemble, scénariste, dessinateur et éditeur : aussi, entends-je toujours leurs remarques, leurs commentaires ou leurs propositions. Nous en discutons si nécessaire. Mais jusqu’à présent, je n’ai jamais eu à mener un « bras de fer », ni connu de frustration.

Par ailleurs, Bamboo « chouchoute » ses auteurs et Arno est d’une grande gentillesse !




 

Quels souvenirs gardes-tu de ton passage à l'AtelierBD ? Quel rôle a joué cette formation dans ton parcours ?

J’en garde un agréable souvenir… Même si j’ai été finalement assez peu participatif à la vie de l’atelier, notamment parce que je crois que j’étais le seul (et le premier peut être même) étudiant en scénario. J’avais encore à cette beaucoup de mal à m’autoriser un avis sur le travail graphique des autres étudiants. Finalement, L’atelierBD m’a permis de prendre confiance et de me « jeter à l’eau » (d’aller à la rencontre de dessinateurs et de leur proposer mes histoires) et d’acquérir les « bases techniques » du scénariste de bande dessinée.

 



ImageTu travailles à présent avec Cyril Bonin… Peux-tu nous dire un mot de ce nouveau projet ?

Oui, nous réalisons un one-shot pour Dargaud. J’ai été très heureux lorsque Cyril a accepté de dessiner cette histoire. Nous sommes vraiment sur la même « longueur d’onde » je crois. Et outre son incontestable talent de dessinateur, il sait suffisamment s’approprier l’histoire pour que les images et les ambiances que j’avais en tête à l’écriture apparaissent naturellement dans les cases. « Tsiganes » (tel est le titre de ce livre) raconte une rencontre forte et tendue entre deux univers qu’à priori tout oppose : les gens du fond, les Mineurs et les gens du voyage, les Tsiganes.



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Quelles sont tes envies pour la suite ?


Outre mes collaborations avec Cyril et Arno (L’enfant maudit), j’ai également une autre série, Tahia El-Djazaïr en cours avec Adan au dessin ; deux autres scénarii acceptés par des éditeurs et pour lesquels nous sommes en quête de dessinateurs. Et j’ai deux nouvelles séries en cours d’écriture. Donc pas vraiment le temps de m’ennuyer !

J’aimerais progressivement m’aventurer sur le terrain de l’écriture pour le cinéma d’animation. C’est un autre rêve de gamin. Mais les passerelles entre l’animation et la Bd ne sont pas si évidentes à franchir…


 

Le mot de la fin : un conseil pour signer un premier album en tant que scénariste ?


Un cierge et une prière matin et soir… Etre à l’écoute des conseils, profiter des rencontres possibles… Rester persévérant…




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