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Persepolis 4/4 Suggérer par mail

À l’occasion de la manifestation « Bulle de ciné » organisée par le cinéma Star et la Fnac Strasbourg, rencontre avec Marjane Satrapi (co-réalisatrice -avec Vincent Paronnaud- du film « Persepolis » tiré de sa BD parue aux éditions L’Association) et avec Stéphane Roche (monteur et chef compositing).
Image Ils parlent du film « Persepolis » en réagissant à quatre moments que je leur cite : la 7ème, 42ème, 70ème et 91ème minute.

Entretien réalisé par Jenny Ulrich (radio RBS,  91.9 FM à Strasbourg).

La 91 éme minute est en libre accès.
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à la 7ème minute

 

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à la 42ème minute


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à la 70ème minute


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à la 91ème minute


À la 91ème minute, je suis tombée sur le générique : « Avec le soutien de la Région Ile de France »…

Marjane Satrapi : Alors, « Soutien de la Région Ile de France »… Oui : non seulement la Région Ile de France nous a soutenu, mais ils nous ont donné en plus pas mal d’argent, ce qui est rare pour un dessin animé. Ce qu’on peut dire c’est que sur la fabrication de ce film, sur le budget qui a été monté réellement, on a eu des gens qui se sont beaucoup enthousiasmés et qui se sont donné au travail ! Il y a des gens comme Catherine Deneuve ou Chiara Mastroianni -bon, le film, il a un budget conséquent : c’est un peu plus de six millions d’euros, mais quand vous imaginez que vous avez 90 personnes à payer tous les mois, avec les charges sociales, vous vous rendez compte que c’est pas grand-chose… Et en fait, des gens comme Catherine Deneuve ou Chiara Mastroianni, les rôles qu’ils ont joué c’était vraiment pour une somme dérisoire, mais ils l’ont fait parce qu’ils ont cru au projet. De même que, par exemple, quelqu’un comme Gena Rowlands -c’est la seule personne que je peux citer du casting américain, sinon, il faut qu’on les garde secrets- elle fait le rôle pour 10 000 dollars ! Vous vous imaginez bien que pour quelqu’un comme Gena Rowlands, 10 000 dollars, c’est ce qu’elle claque en un jour. Mais elle le fais parce que le projet l’intéresse. Donc « Ile de France », pour moi, ça va dans le même truc. C’est comme tout ces gens-là qui nous ont fait confiance et qui nous ont donné de l’argent et qui nous ont soutenu. Et dans ce soutien, aussi, il faut que je rende un très grand hommage aux Américains : leur côté enthousiaste –parce que les Américains, ils ont plein de trucs pourris, mais ils n’ont pas que des trucs pourris. Leur côté enthousiaste, c’était ça : il y a deux ans ils se sont intéressés au projet, ils nous ont donné de l’argent, un million de dollars, sur sept minutes d’animation pas complètement finie. Ils nous ont donné vraiment beaucoup d’élan pour faire ce projet. Par exemple, comme co-productrice on a eu Kathleen Kennedy, qui est la co-productrice de Spielberg. Il y a une année de ça, je l’ai rencontrée à Los Angeles et elle faisait plein de trucs. Je lui ai dit « Kathleen, mais comment on peut faire pour te remercier ? » et elle a dit « faites un bon film et c’est comme ça que vous me remercierez ». Avoir, comme ça, de l’amour pour de l’art, eh bien, quand on voit des gens qui ont beaucoup d’argent, qui ont fait beaucoup de choses et que ça c’est possible ! Eh bien, ça donne beaucoup d’espoir dans le monde !

Stéphane Roche : Alors, « Région Ile de France ». Donc en même temps vous êtes tombée aussi sur la musique du générique de fin, qui est la musique d’Olivier Bernet, qui a fait un travail remarquable, tout le long. En adaptant des influences de musique Iranienne, mais pas seulement, puisqu’on passe aussi par « Eye of the tiger » par exemple, donc des influences Américaines. Il y a même de la techno à un moment. Il y aussi, de la musique des années 80, tout ça…

Marjane Satrapi : Oui, il s’est beaucoup influencé de Strauss aussi, par exemple, parce que c’est quelqu’un qui a une bonne culture musicale.

Stéphane Roche : Et donc, cette musique correspond, c’est une reprise de la musique quand l’oncle Anouche raconte à la petite Marji dans son lit, son parcours et son épopée. Cette musique est la même, on la reprise pour le générique de fin.

Marjane Satrapi : Sur cette musique, il faut que je dise aussi autre chose, c’est que Olivier Bernet, comme Vincent Paronnaud et moi, il vient également d’un circuit indépendant. C’est un type, évidemment, il fait de la très bonne musique pour pouvoir passer à la Star Académy et des conneries comme ça. Là, il avait la possibilité et il nous a fourni trois ou quatre fois plus de musique que ce qu’on avait réellement besoin. Et la musique était tellement bien que le montage des séquences, on l’a fait sur sa musique à lui. Parce que la musique c’est vraiment le cinquième personnage du film. Et ce qui a été merveilleux avec lui, c’est que moi, je voulais tout, mais pas de world music -cette musique, là, qui appartient à des autres gens… Pour moi, c’est la musique des Tiers-mondistes : il y a la bonne musique pour les occidentaux, puis après il y a le « world music ». Le « world » on ne sait pas où est-ce qu’il s’arrête. La musique d’Ushuaia. On ne voulait pas de musique de gel douche et de déodorant. Nous voulions une musique qui ait du caractère, mais qui ne fasse pas n’importe quoi -là où ils mettent un peu de tam-tam, comme ça ! Et il nous a fait une musique extraordinaire. Moi, j’entends de la musique Iranienne, mais en même temps, on s’en fout : c’est de la très bonne musique ! Et sur cette musique, en fait, l’oncle Anouche il dit : « si je te raconte tout ça, c’est pour que tu n’oublies rien ». Parce que la mémoire doit se garder. Et je pense que tout ce film, est aussi basé sur ça. Il ne faut certainement, certainement pas oublier, mais il faut savoir pardonner. Et je peux dire ça aujourd’hui parce que ça fait très longtemps que je vis dans un pays où il y a la paix et la prospérité. Donc, évidemment, moi je peux m’offrir le luxe de la civilisation et ne pas avoir des propos violents. Mais ça ne sert à rien, en fait. Et cette musique, ça prouve aussi que je n’ai rien oublié.

Est-ce que vous aimeriez ajouter quelque chose l’un et l’autre, l’un ou l’autre, sur le film ?

Stéphane Roche : C’est la première fois que je travaille sur un long métrage. Ça a été deux ans de gros travail, de passion et d’émotion aussi. Donc c’est une vraie chance et je veux remercier Marjane et Vincent.

Marjane Satrapi : Et moi, je peux vous dire que si on n’avait pas eu quelqu’un comme Stéphane, qui est d’un altruisme ! On dirait le Christ, Stéphane. C’est incroyable, ce don de lui ! À plusieurs moments, avec Vincent, on se disait « mais un jour il va nous envoyer chier, parce qu’on lui demande tellement de trucs ». Mais jusqu’au bout il est resté avec le grand sourire et à chaque fois qu’il a fait des trucs, il a dit « mais moi, ça ne me dérange pas parce que ça tire le film vers le haut ». C’est très impressionnant de voir des gens qui aiment l’art autant que nous on l’aime. Et sans Stéphane, on n’aurait pas fini ce film. Et on n’aurait pas eu un film aussi beau. C’est quelqu’un qui est très impressionnant : vous savez, au cinéma, vous avez 24 images par secondes et il peut regarder et dire « c’est à deux images près ». Je ne sais pas comment il le voit, mais il le voit!

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