Rencontre avec Benjamin Flao et Christophe Dabitch
pour " La ligne de Fuite", aux éditions Futuropolis.
par Jenny Ulrich
 © Benjamin Flao et Christophe Dabitch - Futuropolis Le principe de l’entretien : Benjamin Flao et Christophe Dabitch réagissent à trois images (photos, dessins) que j’ai choisies en rapport avec ma lecture de « La ligne de fuite ». D’abord, ils décrivent l’image (en bleu), puis ils la rattachent à leur travail…
Image 1
BF : A. Ah… Alors, c’est un A. D’accord, ok, c’est une lettre A dans un joli papier de format A4 sur lequel je serais tenté de faire un joli dessin parce que c’est un papier que j’aime bien. A comme Arthur Rimbaud, c’est ça que vous voulez me faire dire ?
Il y a plusieurs A : Arthur, Adrien, Anatole…
BF : Anarchie aussi…
Absolument ! Je le voulais aussi celui-là !
BF : OK… Je ne sais pas quoi dire là-dessus… C’est la première lettre de l’alphabet français, déjà…
CD : Il y a Aden aussi.
BF : C’est vrai.
CD : Mais moi j’avais tendance à y voir soit un bonhomme qui marche, soit une voile de navire. Ce qui est bien aussi dans l’esprit… Mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de A : Adrien, Anatole, Arthur, Aden, qu’est-ce qu’il peut y avoir encore ?
BF : Annabelle.
CD : Donc on est plutôt dans l’univers des débuts et des commencements. Des espoirs de commencement, des espoirs qu’il se passe quelque chose.
On peut dire qu’Anatole demande à Adrien de pasticher Arthur…
CD : Oui. C’est marrant, je n’avais pas réalisé qu’il y avait tant de A, de commencements dans cet album à travers les personnages… Mais oui c’est vrai qu’Adrien, qui est donc un jeune poète qui pastiche Rimbaud pour créer le scandale dans une revue littéraire dirigée par le Anatole en question –qui lui n’est pas poète, mais un type plein de volonté et d’ambition-, c’est vrai que c’est le point de départ de l’histoire. Les premiers faux Arthur Rimbaud au moment où Rimbaud n’écrit plus et où on commence à construire un peu et le personnage et le mythe, à Paris, dans un tout petit milieu finalement, qui ne concerne pas grand monde mais dont on parle encore aujourd’hui.
Et anarchie, pourquoi pas : ils ne sont pas forcément anarchistes, mais par contre pour Anatole la poésie de Rimbaud, au-delà de la poésie c’est aussi un acte politique ; et la révolte est importante…
CD : Oui, enfin pour moi ce n’est pas vraiment de l’anarchie, mais ce qui est sûr c’est qu’à ce moment-là dans le mouvement des poètes Décadents, c’est une des premières manifestations de réaction à la montée d’une société industrielle et d’une société capitaliste où l’argent commence à prendre une grande importance et où effectivement il y a des masses laborieuses qui sont cerf à l’usine, etc. Et ces gens là, les Décadents, à leur manière totalement décalée évidemment, réagissent à cette société. Donc dans leur besoin, dans leur désir d’un absolu, d’une poésie, de quelque chose qui soit à côté de ce matérialisme là qui arrive, c’est vrai que c’est essentiel pour moi dans ce livre là. Et c’est une manifestation qui va ressurgir ensuite avec les Surréalistes et puis jusqu’au mouvement Punk. Je trouve que c’est quelque chose qui revient régulièrement en fait, ce besoin de rupture et d’autre chose face à une société qui est en train de se constituer. Et là, pour moi c’est un des premiers mouvements poétique qui se constitue en réaction, puisque c’est un mouvement un peu bâtard où il y a un propos qui est très flou en fait. C’est pour ça que je me suis amusé à replacer des choses dans la bande dessinée, des propos de ce mouvement Décadent. Alors ce n’est pas vraiment de l’anarchie, mais en tout cas c’est la revendication d’autre chose… Dans le « autre chose », on peut y mettre beaucoup… Et ce qu’on cherche sans doute aujourd’hui dans nos petites vies, chacun. On cherche aussi ce « autre chose » évidemment.
BF : C’est marrant, parce que en l’écoutant parler, en fait, je me rappelle le moment où j’ai commencé à faire des recherches sur les navires, pour montrer que c’est vraiment une période charnière. Sur les navires de Marseille – il y a une partie qui se passe à Marseille, on est en 1888, on n’est pas en 1900 et on n’est pas en 1860… Et donc pour faire ces recherches documentaires sur les bateaux, il y avait vraiment une différence, c’est-à-dire que c’était le début des bateaux à vapeur et la gueule de Marseille n’a vraiment pas du tout la même allure en 1860 et en 1900 : c’est vraiment très différent. Au début on a des forêts de mâts et plus ça va, plus les mâts sont grands et nombreux et plus on voit apparaître des cheminées etc. Voilà, c’est juste un aspect graphique…
On peut dire aussi, par rapport au dessin, que c’est un récit qui mêle un certain nombre de faits historiques (c’est un mouvement qui a existé la Décadence, un mouvement littéraire) et donc il y a : des personnages inventés – dont le fameux Adrien- et des personnages représentés tels qu’ils étaient – Verlaine apparaît, Anatole Baju… Alors je ne sais pas si… Verlaine, il existe des photos de lui, mais Baju, je ne sais pas si…
BF : Baju, il y a une image de lui, une image en tout cas connue de lui, mais je n’ai pas souhaité faire cette tête là, parce que avant de commencer les recherches iconographiques, j’ai d’abord lu le texte de Christophe et il y a plus ou moins une tête qui est apparue. Un barbu assez bourru, assez…
CD : Après, on a des descriptions faites notamment par quelqu’un qui s’appelait Raynaud, qui était un poète membre du groupe des Décadents et qui a fait des descriptions de Baju. Moi, pour écrire je me suis beaucoup appuyé là-dessus, la manière dont il décrivait. Après, dans le dessin de Benjamin je l’ai trouvé… Je ne l’imaginais pas avant, je ne me disais pas « il a cette tête », etc. Je m’imaginais quelqu’un… Enfin tel qu’il l’a dessiné. C’est-à-dire qu’on sent toute la volonté d’arrachement à une condition et puis tout le côté très terrien, volontaire, affirmé et puis obstiné ! C’est quelqu’un qui se fait entièrement sur la volonté. C’est lui qui part aussi à la fin, il continue le voyage… Oui, bon évidemment Verlaine il y avait des images, mais après je trouve ça bien que ça soit Benjamin qui à la lecture –voilà, c’est toujours délicat, ça, pour un dessinateur, de savoir comment les personnages vont apparaître finalement, sous quels traits ils vont apparaître. Parce qu’après, lui il faut qu’il les tienne pendant longtemps dans les pages, donc il faut vraiment qu’il les sente au bout du crayon pour qu’il puisse les tenir ensuite sur tout le récit.
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Alors une deuxième image pour continuer à parler de « La ligne de fuite »…
CD : Si c’est un B, on n’est pas d’accord !
Non ! enfin, ce ne sera pas forcément très clair… J’y vois ce que je veux aborder, mais je ne sais pas si vous allez me suivre…
CD : Donc, je vois une portée musicale. Comme je n’ai pas fait de solfège –ou si peu, même si je fais de la guitare, mais avec des tablatures, donc… Je vois une portée musicale, je vois des P, des V, des 3, des 2… Je ne sais pas : si je pars sur la musique ça me fait penser de suite à Verlaine qui dans l’univers des poètes –c’est peut-être pour ça… Je pense que c’est pour ça que je l’ai représenté… Quand Adrien part en voyage, il y a une figure de Verlaine qui l’accompagne, qui est animalisé, donc en oiseau. Un oiseau un petit peu défraîchit, qui a pris quelques coups de vent et qui n’est pas très bien… Parce que pour moi, Verlaine c’est vraiment le maître de la mélodie, d’une forme de poésie qui joue vraiment sur la musicalité et c’est aussi la réputation qu’il avait et qu’il se construisait. Parce qu’avec les apprentis poètes autour de lui, les gens autour de lui, c’était lui, presque le maître chanteur, enfin le maître siffleur… Donc voilà, par association d’idées, en fait, je suis parti de ce rapport à la poésie de Verlaine pour finalement le transformer en oiseau qui accompagne Adrien.
BF : Ca me fait penser à la musique des mots, voilà, mais sinon, ça me fait penser aussi à la musique qu’on est amené à composer en faisant de la bande dessinée. Enfin moi c’est un truc que j’ai découvert en commençant ce métier, c’est que c’est de la musique beaucoup. On a un texte et on doit mettre tout ça en musique, il faut trouver un rythme, il faut trouver une couleur, il faut trouver un ton, etc. Et je me suis souvent référé à la musique, à la musicalité, en tout cas, au rythme. Le rythme juste par rapport à un texte qu’on nous donne, qui est plein de choses, différents niveaux de profondeur etc. Il faut trouver le bon rythme pour ne pas ennuyer le lecteur, parce qu’on est dans le temps. La bande dessinée, c’est du temps contrairement à -peut-être- la peinture, qui est un temps plus calme. Là, c’est narratif, c’est séquentiel. Voilà. Ca me fait penser à ça parce qu’en plus on voit des petites cases, les notes traversant les lignes donnent des petites cases et il y a un espèce de rythme, comme ça.
CD : Il y a un truc auquel on est sensibles tous les deux par rapport à ces histoires de rythme dans la bande dessinée, c’est la place que vient prendre le silence. Donc des cases silencieuses sans texte, dans la structure narrative. Parce que si on parle un peu de bande dessinée, on a tous les deux été marqués, je pense par Pratt – pour des raisons proches ou différentes. Chez Pratt, j’ai toujours été vraiment frappé par son utilisation du silence dans le rythme de la bande dessinée, c’est quelque chose qui me fascine vraiment : comment rendre plein le silence ? Comment arriver à ce que le silence soit parlant d’une certaine manière. Pas seulement graphiquement, mais dans l’esprit, dans le rythme du récit. Du coup, si on pense aussi à la poésie, la poésie c’est aussi des silences qu’il y a entre les mots. Et dans l’écriture, c’est pareil, on joue aussi avec ça, avec ce qu’on dit, ce qu’on ne dit pas et avec la place du silence. Je trouve que la bande dessinée est vraiment intéressante pour ça, parce que c’est un silence qu’on peut faire durer. Contrairement au cinéma où c’est un silence qui peut durer, mais qui est pris dans le flot évidemment, dans la vitesse de la narration. En bande dessinée on peut faire durer un peu le silence, même si on ne le fait qu’avec une seule case.
Je voulais aborder le mouvement, vous l’avez abordé par la musique… Le mouvement est important pour un certain nombre de personnages, est important au cœur de l’album, est important dans la fabrication de l’album –autant au niveau du récit que du dessin. Il y a des ruptures de ton, des ellipses…
CD : C’est-à-dire qu’on se disait que le grand truc qu’on avait, c’est que… Moi, si j’ai écrit au départ - ça faisait longtemps que je voulais écrire quelque chose autour de Rimbaud, tout ça-, c’est aussi parce que j’ai rencontré Benjamin, que je me suis dit qu’avec son dessin il arriverait à incarner ce que j’avais en tête et du coup on irait vers ça. Parce qu’après, partir sur Rimbaud, c’est une tarte à la crème d’un côté, puis en même temps c’est une bibliothèque ; c’est presque un genre littéraire d’écrire sur Rimbaud ! Et c’est vrai que dans les discussions qu’on a eu au fil du temps, au moment où j’écrivais et puis qu’après on en parlait, on était vraiment –ce qui est au cœur aussi de la dialectique qu’il y a chez Rimbaud, c’est-à-dire le rapport à la liberté… On voulait vraiment ça : que dans la structure narrative, dans le récit, on arrive à faire qu’on sente cette liberté des possibles et que le texte poétique ne soit pas enfermé dans un endroit, mais qu’il contamine un peu l’ensemble et qu’il soit dans la case, qu’il soit tout seul ou qu’il soit avec le dessin, qu’il soit en bulle, que le texte lui-même… Qu’on change d’écriture et tout, mais on voulait vraiment qu’il y ait cette liberté narrative tout en maintenant… Enfin ça c’était le travail de Benjamin aussi, d’avoir une structure narrative qui soit costaud, qui soit solide, qui nous permette aussi, parfois de faire sentir cette liberté. C’est vraiment un truc qu’on avait en tête quand on en discutait, dans la préparation, au fur et à mesure.
BF : Oui, je suis tout à fait d’accord avec ce qu’il vient de dire, il y a toute une dialectique à retrouver, tout un alphabet… La bande dessinée, ça n’est pas juste des cases, c’est à réinventer tout le temps et de plus en plus aujourd’hui. Cette histoire m’a permis d’explorer pas mal de façons de faire. Très intéressant, tout ça.
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BF : De l’aquarelle ? Toujours sur le même papier qui donne envie de gribouiller ardemment. Avec du marron, du jaune, du vert et du rouge… Qu’est-ce qu’on peut y voir ? Un oiseau ? Une sorte d’oiseau…
Là, pour le coup, on est presque dans du Rorschach ! Mais c’est pas le but…
BF : Oui, l’aquarelle, l’eau. C’est une matière que j’utilise, c’est une technique que j’utilise depuis longtemps parce que c’est une technique qui est facile à utiliser un peu partout.
Notamment en voyage.
BF : Notamment en voyage, voilà. Je l’ai naturellement utilisée pour cette bande dessinée parce que c’est un matériau que je connais. L’aquarelle, c’est génial parce que c’est plein de hasards, il n’y a pas une théorie précise, une façon de faire précise : chaque personne qui fait de l’aquarelle a sa manière de faire. Il y a beaucoup de hasards là-dedans, l’eau quand elle sèche, elle fait des petits dessins et je trouve ça fascinant, les mélanges que ça peut faire sans qu’on l’ait spécialement voulu. C’est un matériau intéressant.
Quand on imagine l’aquarelle, on pense à quelque chose d’assez transparent, d’assez délavé justement alors que là, dans l’album, par exemple les personnage ils sont vraiment incarnés : on les voit transpirer, on les voit rougir… Enfin je trouve que c’est de l’aquarelle qui a vraiment de la chair…
BF : Il y a le dessin qui sert aussi beaucoup. C’est d’abord du dessin : j’ai attaqué cette BD un peu dans la panique parce que c’est ma première BD donc je ne savais pas tellement comment on faisait, alors que je voulais faire « bande dessinée »… J’ai regardé des bandes dessinées, « alors, comment ils font ? », tout ça ! Et en fait, je me suis rendu compte que fallait pas que je cherche trop loin ; que je dessine comme je dessine toujours, en voyage ou pas en voyage, mais avec un crayon et puis le plus naturellement possible, sans essayer de vouloir faire à la manière de. En fait, c’est là où je me suis senti le mieux. Donc l’aquarelle a participé à ça aussi, mais c’est vraiment l’association du dessin et de la couleur qui rend des émotions, des choses… Quand quelqu’un effectivement rougis, ça peut être en dessin une goutte, et en couleur une rougeur sur la peau, ça marche ensemble. En bande dessinée en tout cas.
CD : Oui et puis sur l’utilisation de la couleur, ce que j’aime bien dans ce qu’il a fait… Parce qu’il avait fait ce qu’on appelle un beau crayonné !
BF : Ouais ouais ouais…
CD : Donc, il avait fait un beau crayonné et c’est vrai qu’il y a eu le problème de savoir… C’est pour ça qu’il est resté au crayon, enfin tout l’album est au crayon : la plupart du temps, les dessinateurs passent à l’encrage après le crayonné. Et puis là, c’est vrai que le crayon, je le trouvai très beau donc Benjamin l’a retravaillé et après, ce que j’aime bien avec l’utilisation de la couleur, c’est ce qu’on disait aussi : ce n’est pas plein. Les pages et les cases ne sont pas pleines, ne sont pas parfaites non plus… J’aime bien parce qu’il y a une utilisation de la couleur qui sert une expressivité, qui sert un sentiment, une sensation, qui sert des choses comme ça. C’est très variable aussi l’utilisation qu’il en a fait selon ce qui se passe, selon les séquences. Et puis il y a du blanc… Pour cette histoire là, j’aimais bien ça, qu’il y ait à la fois de l’inachevé –du semblant d’inachevé-, du blanc, de l’espace et qu’il n’y ait pas une maîtrise apparente totale, une maîtrise formelle comme ça, apparente, où tout est fermé, tout est bloqué, tout est coloré… Non, je trouve que c’est plus intéressant que lui il joue avec sa sensibilité. Moi dans l’écriture je n’ai pas fait de découpage en fait. Je n’aime pas faire ça. Je n’aime pas dire « case 1, case 2, case 3, etc. », je n’écris pas comme ça. C’est plus Benjamin qui voit ça, qui l’imagine et donc voilà, ça va jusqu’au bout avec la couleur. La couleur fait partie du dessin et il l’utilise vraiment comme matière qui sert d’expression aussi et donc qui sert évidemment l’histoire et ce qu’on raconte.
Est-ce que vous aimeriez ajouter quelque chose sur « La ligne de fuite », l’un et l’autre, l’un ou l’autre ?
BF : Moi en tout cas je suis assez, je suis même très content de cet album parce que déjà le fait d’avoir travaillé avec Christophe ça a été super intéressant, c’est quelqu’un qui fait un travail très intéressant. Et puis ça donne envie de faire encore plein de choses… C’est une BD qui a pas mal… C’est marrant parce qu’au fil du temps, en la faisant, ça a fait résonner pas mal de choses en moi. Je me suis pas mal identifié au personnage, ce personnage qui est un petit peu perdu. Au début quand je voulais faire de la BD, je me disais « je vais faire des histoires avec des coups de poings, des machins, des trucs… » très cliché, tu sais les BD de genre. Et il est arrivé avec ce scénario, j’étais un peu décontenancé. Je me suis dit « mais comment faire ça en bande dessinée ? C’est bien, mais le héros, bon c’est un peu un anti-héros, il n’y a pas de bons, de méchants, tout ça » : ça sortait un peu des codes de la bande dessinée. Et ça a été vachement intéressant parce que du coup ça m’a remis un petit peu sur d’autres rails. C’est-à-dire que le personnage se cherche et moi, par rapport à la bande dessinée, j’ai beaucoup d’influences, j’ai appris le dessin avec la bande dessinée, donc il y avait beaucoup de choses qui étaient au-dessus de moi, qui me disaient « va dans ce sens là, fais ci, fais ça ». Beaucoup d’influences et au fur et à mesure, je me suis dit, « mais c’est vraiment une histoire pour moi ». Enfin voilà, j’ai eu l’impression que c’était un peu comme un courrier que m’avait envoyé Christophe et dans lequel il fallait se dépatouiller. Alors c’était vachement intéressant au niveau de l’émotion, comme il disait tout à l’heure, de ce qu’on met dans le dessin quand on commence à rentrer dans les méandres de cette histoire et de ce personnage, eh bien ça se ressent forcément au niveau du dessin, au niveau de la façon de l’aborder. Et je crois, d’après les retours qu’on a –il y a plein de choses qu’on ne maîtrise pas, c’est un peu comme l’aquarelle-, mais je crois qu’il y a ça qui ressort un petit peu dans cette histoire. Donc c’est pour ça qu’il y a tout un côté pas maîtrisé que je suis assez content de découvrir après coup. Voilà, c’est tout… Alors peut-être que la prochaine sera plus maîtrisée, j’en sais rien. Ou pas, j’en sais rien. Ca dépendra de l’histoire un peu, mais pour l’instant… Il y a encore plein de choses à dire, mais c’est en tout cas ce que je ressens avec cet album.
CD : Ben moi, ça a été assez long, j’ai écrit ça sans synopsis, sans savoir exactement où j’allais parce que j’avais envie d’essayer ça dans l’écriture, en bande dessinée, de me laisser un peu entraîner à la fois par les situations et découvrir au fur et à mesure ce que j’essayais de raconter, sachant que je n’avais pas quelque chose à démontrer, à prouver… Enfin, il n’y a pas un message extrêmement clair là dedans, parce que après, ce qui m’intéresse aussi c’est de voir par quoi sont traversés… Si je pars sur l’écriture de personnages, j’aimerais essayer de voir par quoi ils sont traversés donc il n’y a pas d’essence, pour moi, il n’y a pas d’essence aux personnages. Et de là, j’ai découvert au fur et à mesure. Et puis évidemment j’y ai mis beaucoup de choses personnelles à travers ce personnage là (Adrien)… Là, je suis assez content de ce qu’on nous en dit parce qu’il y a des gens très différents qui ont une lecture intéressante de ce travail et qui ne sont pas forcément de la bande dessinée. Ce sont des gens qui ne lisent pas forcément de bandes dessinées, mais pour moi ça fait partie de l’univers de la littérature ; enfin, on est dans la littérature aussi avec la bande dessinée. Donc je suis assez content de ça : des différents retours qu’on a. Je ne sais pas, il y a deux jours, j’ai reçu une lettre d’un poète qui m’a fait une lettre magnifique, en me racontant ce qu’il avait trouvé dans le livre : c’est super intéressant, parce qu’il y a toujours des choses qu’on « maîtrise », enfin qu’on a voulu dire et puis d’autres non, qu’on redécouvre… Voilà, pour l’instant je suis bien content de la vie qu’à ce livre par les lectures qu’on en a.
Un très grand merci à Benjamin Flao et Christophe Dabitch !
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